Grande Casse, face Nord centrale.
Vendredi 12 et samedi 13 juin 2009.
Cela fait déjà un moment que je lorgnais sur cette belle face Nord...
1er jour.
Départ donc de la maison vendredi en milieu de matinée. Une fois récupéré Cyril, on file sur Pralognan.
Il fait beau mais assez frais au parking des Fontannettes (1660m), tant mieux on aura moins chaud pour monter au refuge du col de la Vanoise (2516m).
Peu de monde sur le sentier d'habitude bien rempli. Sans doute encore un peu tôt pour la saison touristique, d'ailleurs le refuge à ouvert ses portes pour la saison estivale seulement la veille.
Vu que l'on a largement le temps, on ne se presse pas pour parcourir les quelques 900m de dénivelé. Les sacs sont également là pour nous freiner. Dur, dur de rattaquer la saison !
La neige tombée la semaine passée est encore bien présente sur les sommets, cela rajoute encore à la beauté des lieux.
Lac long en pleine débacle.
Le refuge est atteint tranquillement dans l'après-midi, et nous seront les seuls clients pour 6 gardiens. C'est ça l'avantage d'avoir des jours de repos en semaine...
Un vent de dingue règne sur les lieux, et malgré le soleil nous préferons nous mettre à l'abri à l'intérieur.
2ème jour.
Levé à 2h45, petit déjeuner, et départ à 03h20. Il fait doux... ce n'est pas très bon signe car cela annonce peu, voir pas de regel. De plus malgré les prévisons de MétéoFrance, le vent est présent. Cela promet de sacré conditions au sommet à 3855m.
Col de la Grande Casse
On atteint rapidement le col de la Grande Casse (3096m), après avoir remonté le glacier du même nom. Le jour se lève tranquillement, puis le soleil vient illuminer la face Nord... c'est splendide.
La récompense d'un lever à 3h...
Du col on commence la traversé qui permet de rejoindre la base des couloirs, dans l'ordre petite face N, face N centrale et couloir des Italiens.
Cyril passe devant. Comme prévu, le regel est absent, ça brasse parfois jusqu'à mi-cuisse dans cette neige inconsistante. On hésite... puis on fait 1/2 tour pour essayer de grimper dans la partie rocheuse. C'est pourri ! C'est un entassement de rochers délités et de terre, impossible de progresser en sécurité. Dans ces conditions, le mieux est de faire 1/2 tour...
On s'apprete à redescendre, quand débouchent au col 3 alpinistes. On discute un peu des conditions. Eux veulent faire les Italiens. Après consertation, on décide de tenter quand même. Cette fois je passe devant. Arriver à la fin de notre première trace, je monte plus directement afin d' essayer de trouver une zone de neige plus compact. Cela se révèle bénéfique.
On arrive donc dans la face Nord proprement dîte. Partis initialement pour la petite FN, on décide de continuer dans cette zone de neige sensiblement plus transformée. On enfonce de mi-mollets environ, c'est donc bien mieux !
Cyril dans la face Nord centrale.
A mi-parcours je suis pris d'un gros coup de fringuale, je suis vidé de mes forces, heureusement Cyril a bien la caisse aujourd'hui et il se charge de faire la trace. Le tiers supérieur du couloir est de nouveau en neige inconsistante, les pas s'effondrent souvent, c'est épuisant.
On contourne les séracs supérieurs par la droite, en franchissant une large crevasse.
Pile au-dessus de nous se trouve une zone de mixte (rochers et neige mêlées), plutôt que de brasser dans la neige, on se dirige vers cette zone pensant trouver de meilleurs conditions.
Il n'en est rien, le rocher est complètement délité, tout bouge, impossible de s'assurer dans cette merde. Du coup nous sommes obligés de faire une traversée exposée sur la gauche pour essayer de trouver une zone moins risquée...
Un vent de panique m'envahit à ce moment, difficile de rester calme et serein quand on sait qu'une chute serait fatale... J'ancre mes piolets du mieux que je peux et j'essaie de faire de petits pas afin de ne pas perdre l'équilibre. Cyril manque de tomber, mais heureusement ses piolets sont biens plantés.
Je fini par trouver un petit couloir goulotté, qui offre des ancrages de qualité, je respire un peu mieux. Toujours en tête depuis la traversée expo, je remonte ce couloir jusqu'à l'arête. Je prends pied sur celle-ci (après avoir percé la corniche sommitale), dans un énorme OUF de soulagement !!
Le vent souffle en bourrasque, je ne suis pas au mieux de ma forme physique et mentale (les 2 sont sans doute liés), nous n'irons donc pas au sommet. Ce n'est pas trop grave, car on l'avait déjà fait par la voie normale.
La descente par les Grands Couloirs de la voie normale se fait très bien, et excepté ma chute (jusqu'à la taille) dans une crevasse, nous arrivons tranquillement au refuge.
Paysage reposant depuis le refuge (Pte de la Réchasse)
Après discussion avec les 3 autres alpinistes, les Italiens étaient en bien meilleurs conditions, car en neige dure. Comme quoi la cotation et les conditions...
En tout cas nous sommes bien contents d'avoir pu réaliser cette course, avec cette variante de sortie. Certainement un peu osé vu les conditions, et sûrement notre course la plus engagée à ce jour.